L’Énergie au Liban: Rétablir le courant dans un pays épuisé

Dessin de Sarah Dimassi

Lors de mon dernier séjour au Liban, j’appréciais un coucher de soleil de la fenêtre de ma chambre. Mes yeux étaient comblés. Mon village, surplombant la vallée historiquement polluée de Nahr el Kaleb, offre une vue phénoménale sur l’un des grands monuments Libanais : La centrale électrique de Zouk. J’observais la fumée des cheminées danser au son de Fairuz lorsque soudain le son s’arrêta. Il était 6h, le rituel commença : “Kyann nzal tek el disjoncteur !”. Cet évènement, qui m’était pourtant si bénin, me paraît absurde depuis que j’habite Londres. J’ai donc investigué les causes, les problèmes et les solutions à ce phénomène important pour me sentir moins sot, et je partage avec vous le fruit de mes recherches.

Il s’avère que le déficit énergétique au Liban est tout autant dû à des facteurs historiques qu’à  l’ingérence de la classe politique. En 1964, le gouvernement possède déjà l’EDL (Electricité du Liban) : le secteur énergétique est d’autant plus susceptible à la corruption et à l’ingérence vu que la classe politique en a le monopole. Les 25 années suivantes marquent un cap décisif dans la descente aux enfers : Les stations hydroélectriques et à charbon obsolètes, produisant a priori un surplus de 120000 KWh, ne répondent plus à une demande qui double. 

La période d’après-guerre est marquée par une série d’initiatives aux montants exorbitants, pouvant atteindre les 1.18 milliards de $. Les résultats, eux, sont moins impressionnants :  une explosion des prix et une stagnation du secteur. Ces projets se focalisent sur la réhabilitation des centrales existantes et la construction de nouvelles stations dans les régions de Zahrani et Beddaoui. A Beddaoui cependant, leur authenticité peut être remise en questions car l’intégralité des projets entrepris étaient à l’initiative d’une seule firme qui avait auparavant des liens avec le parti Nazi. Peut-être que la familiarité de son incompétence était attirante pour le gouvernement Libanais… 

Le tarif de l’électricité au Liban n’a aucunement fluctué depuis 1994, et ce malgré l’augmentation du prix du baril de pétrole, résultant en des difficultés financières pour l’EDL.

Depuis, une tentative de diversification du mix énergétique Libanais a eu lieu, mais sans succès.  A Akkar, l’énergie éolienne est bien plus chère qu’ailleurs pour un rendement équivalent. Mais au Sud, la situation est tout autre – la station hydroélectrique de Bisri cause des problèmes écologiques en créant des fléaux régionaux infligeant un risque sismique élevé et menaçant cette vallée historique de destruction. Cependant, ce sujet mériterait probablement que lui soit consacré un article entier.

Après avoir appris l’ampleur des dégâts, j’ai décidé d’investiguer le potentiel de la privatisation du secteur énergétique au Liban; décision que j’ai regretté rapidement. Il s’avère que le secteur privé est, incroyablement, plus nocif que le secteur public pour les Libanais. Les lois régulant le marché sont rarement mises en vigueur, menant à des prix alarmants qui ont pour but de compenser ceux du secteur public. Le consommateur Libanais paye également un prix fort au niveau de sa santé. Une étude menée par L’AUB démontre que trois heures d’usage sur de générateurs sont responsables de 38% des émissions cancérogènes dans la région de Hamra. 

La question du gaz naturel en mer m’est, également, souvent revenue en écrivant mes articles. Mais à ce rythme on dirait plus un conte de fée qu’une réalité. 

Le secteur privé est une première ligne de défense contre la corruption. Une indépendance énergétique des régions serait aussi à envisager afin d’établir un mix énergétique plus diversifié et une production d’énergie moins centralisée et plus ciblée (on peut même voir des inégalités au sein de Beirut par rapport à la distribution d’énergie). 

Me voici donc, un mois plus tard, un peu plus vieux mais tout aussi sot. L’ampleur de la crise énergétique contraste avec la simplicité des problèmes qui endiguent le progrès du secteur. L’électricité au Liban est donc comme Beit Chabab : plus représentative, à bien des égards, de l’ère Ottomane que du 21eme siècle, victime d’une ingérence phénoménale et entravée par un retard de plusieurs décennies. 

Sciences

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