L’aéroport de Beyrouth, un champ de batailles

Picture taken by Nadim Chidiac

L’aéroport de Beyrouth est l’unique aéroport ouvert aux voyageurs sur le territoire Libanais, et la Middle East Airlines la compagnie nationale « dominante » de cet aéroport. Cependant, il est évident que les détournements de fonds, tout comme au sein de toutes les institutions publiques libanaises, surviennent aussi en pleine force au RHIA (Rafic Hariri International Airport) : la MEA est en effet accusée de commander trois fois plus de kérosène qu’elle n’en consomme, sans oublier les stratégies entreprises par cette compagnie pour imposer un monopole sur le marché du transport aérien libanais. 

De plus, des employés qui, au sein de l’aéroport, ont bénéficié de leviers extérieurs pour y être embauchés, sans expérience préalable au poste qui leur a été assigné, y demeurent. En cela constitue, en vue de certaines  incompétences, un argument majeur des appels à l’éradication de la corruption au sein du RHIA. Sans oublier les emplois fictifs à l’aéroport attribués aux membres des familles proches des partis politiques ,qui font surface d’année en année dans les affaires de corruption au sein du secteur public. Tout ce gaspillage d’argent public a lieu juste devant nos yeux, et nous payons comme de sages sujets les taxes imposées sur nos billets, ainsi que nos billets surfacturés en sachant très bien que notre argent n’ira nulle part. Ce qui est sûr, c’est que l’argent récolté ne sera point mis au service de l’extension indispensable pour que l’aéroport puisse recevoir le nombre croissant de passagers qu’il a été projeté d’accueillir en 2020 (avant la crise de la COVID-19). Le Ministère des Affaires Publiques avait précisé en 2018 un besoin de 100 millions de dollars pour la rénovation et l’extension de l’aéroport. Toutefois, seule une somme de 18 millions de dollars a été allouée au projet d’extension. Une somme bien éloignée des besoins exprimés, malgré le fait qu’une extension ait bien eu lieu. Mais cette dernière n’a pas forcément été représentative des projets plus larges qui avaient été envisagés et qui sont toujours nécessaires. 

En Novembre 2020, le directeur de l’Autorité de la sécurité aérienne de l’aéroport de Beyrouth a été suspendu de ses fonctions pour avoir abusé de sa position en pratiquant le clientélisme. Il a été accusé d’avoir racketté des compagnies aériennes en les menaçant de ne plus pouvoir desservir l’aéroport. Nous pouvons nous réjouir qu’un responsable au RHIA ait été inculpé pour ses crimes, mais des centaines y errent toujours librement, et considèrent l’aéroport comme un lieu sûr pour leurs activités de contrebande, corruption, chantage et d’évasion fiscale. 

Continuons à rester silencieux par rapport aux perversions qui ont lieu juste devant nos yeux. Encourageons la seule compagnie aérienne nationale qui n’acceptera plus, dans un futur très proche, les paiements de billets en monnaie nationale, au profit des paiements en dollars américains. Continuons à financer leurs ventes. L’aéroport de Beyrouth reste un champ de confrontation des différents intérêts de la classe politique, au sein duquel chaque Libanais est victime de son propre silence, et ce, tant que la corruption y règne. 

Économie/Economics

Joya Faddoul View All →

Étudiante en licence de Sciences des Organisations à l’université Paris Dauphine.

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