Comment définir la relation entre la religion et la politique ?

La date du 17 octobre 2019 marqua l’esprit de tous les Libanais avec le début d’une descente aux enfers sans précédent. En effet, un an plus tard, les nombreuses manifestations n’ont pas vraiment atteint l’objectif fixé : faire chuter une classe politique corrompue dirigée par les anciens guerriers de « 75-92 ». Le pays des cèdres rencontre de nombreux problèmes depuis les années soixante causés par un engrenage de conflits religieux et interétatiques. La « Suisse du Moyen-Orient »  avait, selon plusieurs auteurs et historiens, été offerte par la France aux chrétiens notamment avec l’institution du Président de la République réservée aux maronites, s’en suit l’accord de Taëf qui avait eu pour but de stabiliser les relations entre les pouvoirs publics et instaurer un équilibre confessionnel en politique. On comprend alors que la religion occupe une place fondamentale dans l’histoire et la politique libanaises notamment à travers le préambule de la Constitution ; « la suppression du confessionnalisme politique constitue un but national essentiel » qui entre en conflit direct avec l’article 50 de ladite Constitution, disposant que le futur Président de la République prête serment de fidélité en jurant « par le Dieu Tout-Puissant » avant la prise de fonction. Pour cela, il serait intéressant de s’attarder, à l’échelle locale et internationale, sur l’ambiguïté relationnelle entre « la religio »  et « la politica »  en commençant par le renforcement de l’État par la religion pour ensuite clôturer par les nuisances de la religion à la politique.

Tout d’abord, la religion apparaît comme une force étatique dans les pays non laïcs, par son influence sur la politique interne d’ une part, et externe d’autre part.

Concernant l’influence sur la politique interne, la religion offre une légitimité quasi-maximale aux dirigeants d’un État, comme à l’époque des rois de France et de la monarchie absolue de droit divin.  Les États les plus stables semblent donc être ceux dans lesquels, contrairement au Liban, une seule religion s’impose permettant la formation d’une Nation au vrai sens du terme et évitant ainsi l’émergence d’une opposition qui serait alors écrasée par une majorité dominante comme en Iran et en Arabie Saoudite. En effet, l’article 2 de la Constitution iranienne dispose que « la République Islamique est un système basé sur la croyance en un Dieu unique, sa souveraineté exclusive et le droit de légiférer, et la nécessité de se soumettre à ses commandes ». Erdogan, représentation parfaite de l’hyper-présidentialisation musulmane, se permet de s’éloigner du projet laïque d’Atatürk en islamisant le pays notamment avec la transformation d’un monument historique national, Aya Sophia, en mosquée, ignorant toutes les réactions possibles du peuple duquel il détient la légitimité. Machiavel et Napoléon Bonaparte partageaient la même vision de la puissance de la religion en politique en déclarant respectivement que « celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes » et qu’ « une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole ». Le maître reconnu par Machiavel n’est autre que le capitaine du vaisseau évoqué  par Napoléon Bonaparte. Ce personnage est alors, souvent, le chef de l’exécutif qui s’immisce dans le champ d’action de la totalité des pouvoirs pour étendre son influence sur un peuple endoctriné, convaincu et guidé par ses croyances omniprésentes sur le plan politique. Bernard Fillaire, essayiste et romancier, écrit que « la manipulation mentale déshumanisante est inhérente à tout système totalitaire. Le nazisme comme le stalinisme furent de formidables manipulations ». Cet auteur met en exergue l’art d’uniformiser et de manipuler des masses aveuglées par un idéal religieux. La politique est ainsi façonnée  par des croyances conflictuelles qui charment des électeurs animés par la foi avant la raison.

Concernant l’influence de la religion sur le plan diplomatique, les croisades, organisées par les Papes pour libérer Jérusalem de l’emprise des musulmans, constituent les premiers événements témoignant d’une diplomatie pontificale active touchant à l’intégrité des territoires musulmans. Les croisades impliquent de nombreuses populations telles que les chrétiens d’Occident (les templiers) et les chrétiens d’Orient Maronites notamment qui combattirent les musulmans qui s’étaient alors emparés de la région. La diplomatie pontificale continue aujourd’hui avec le Forum catholique-musulman de 2008, les pèlerinages en Terre Sainte, les prières pour la paix en présence des présidents israéliens et palestiniens et la normalisation des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis par exemple. Le modèle musulman, lui, s’étend jusqu’au domaine juridique du monde arabe avec la Charia qui est la base du système juridique arabo-musulman. Enfin des blocs militaires/terroristes puissants se forment tels que  celui des partis terroristes de Daech ou d’Al Qaïda qui ont pour but de promouvoir l’islamisme politique à travers la violence et les attentats comme celui du 11 septembre 2001.

D’autre part, la religion nuit à la politique par le biais de deux conflits : celui qui oppose la religion à la démocratie et le sectarisme au laxisme. 

Les religions monothéistes et polythéistes n’ont pas toujours eu pour but de protéger l’homme et ses droits, et ont souvent incité à la violence selon différentes interprétations erronées (sacrifices et massacres : Saint Barthélemy, inquisition,…). « Les bons livres des philosophes ont adoucit les mœurs féroces des chrétiens et éteint les guerres de religion, ainsi les philosophes ont servi le christianisme qui les persécute », selon Voltaire. En effet, le 9 décembre 1905 est une date cruciale dans l’histoire de la France marquant la séparation entre l’Eglise et l’État aboutissant ainsi à la finalité d’un projet de République laïque. Cette loi met un terme définitif à une France catholique dirigée par des rois et empereurs qui avaient jusque-là profité  de la légitimité soit-disant détenue de Dieu pour personnaliser le pouvoir. Jusqu’au XXe siècle l’éducation n’était pas accessible à tous les citoyens qui étaient facilement amadoués par les démagogues et leurs projets religieux et politiques absurdes. Ceci aboutit alors à la victoire écrasante d’un leader adulé avant tout, détenant un socle électoral constitué de citoyens guidés par des théories radicales issues d’un sectarisme actif encourageant le communautarisme, l’éloignement du patriotisme et creusant un gigantesque fossé entre la population et la Nation. D’ailleurs,  la persécution des Ouighours en Chine nous le montre parfaitement. Montesquieu déclare que « le gouvernement modéré convient mieux à la religion chrétienne et le gouvernement despotique à la mahométane » se basant sur la colère despotique des princes mahométans qui, selon lui, sont des acteurs cruciaux dans l’imposition de l’obscurantisme ravageant toute sorte de démocratie. Le poète Antoine Léonard Thomas (1732-1785) retient que « la religion pénètre ou les lois ne vont pas ; elle juge la pensée et éternise le bien comme le mal » et affirme que le politicien et le religieux ont des champs d’actions incompatibles, en délimitant ainsi les frontières qui les séparent. Cette divergence est rejetée par les pays non laïcs avec des imams, des patriarches et des rabbins qui se permettent de participer à l’influence politique des populations locales (par exemple : l’avis du patriarche maronite est souvent source de polémiques, ou  l’imam de la mosquée d’Al Azhar en Égypte, nommé par le chef d’État, est considéré comme un porte-parole du gouvernement égyptien). Au Liban le confessionnalisme limite l’accès à la vie politique, assimilant chaque institution à une communauté et bloquant ainsi tout espoir de renouveau démocratique exigé par un peuple révolté. 

Alfred Auguste Pilavoine déclare qu’ « En religion, comme en tout autre chose, c’est peu de convaincre l’esprit, il faut gagner le cœur : quand on a le cœur, on a tout l’homme ». Cette citation qui semble inviter à la tendresse, produit un effet paradoxal permettant une interprétation dangereuse. En effet, ce poète pousse le lecteur à s’éloigner de la raison pour se rapprocher de l’émotion et de ses sentiments. Le problème reste à venir car le danger est originellement un produit du sectarisme et des fidèles animés par des pulsions animales, qui se basent sur les croyances religieuses pour les transposer sur un plan politique. L’extrémisme, qui ressort du sectarisme, met en scène des hommes intransigeants face aux opinions antagonistes touchant en plein cœur toute forme de  liberté tout en rentrant en conflit direct avec le laxisme. Aujourd’hui, les anciennes puissances colonisatrices dont la France, souffrent d’un communautarisme excessif qui frappe de plein fouet la liberté d’expression, notamment avec l’attentat de Charlie Hebdo en 2015 et  la décapitation de Samuel Paty en 2020, perpétrés par des islamistes. Patrick Sébastien, humoriste français déclare que : «  Le lapin croit que les phares d’une voiture sont là pour lui éclairer la route…. Un peu comme les adeptes d’une secte » pour caricaturer des suiveurs aux opinions et connaissances politiques limitées, qui abattent les libertés de l’homme,  notamment, en France, celle de blasphémer dérivant de la liberté d’expression. 

En conclusion, le statut de la relation entre la religion et la politique demeure indéfinissable universellement. En effet, Muhammad Said al-Ashmawy, haut magistrat égyptien, dans L’islamisme contre l’Islam, déclare que « Dieu a voulu que l’Islam fût une religion, mais les hommes ont voulu en faire une politique », alors que l’auteur Moses Isegawa considère que « la politique et la religion sont comme deux têtes sous un même bonnet », rendant ainsi le discernement encore plus complexe dans le monde d’aujourd’hui.

Politique/Politics

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